[Interview] Rencontre avec Malik Badsi, fondateur de l’agence de voyage Yoola et de la billetterie YoolaBox

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Nous avons rencontré Malik Badsi, fondateur de Yoola, une agence de voyage spécialisée qui propose des séjours accessibles et adaptés au public handicapé depuis 2010 et Yoolabox, une billetterie qui propose l’accès à des concerts, des spectacles et des matchs sportifs partout dans le monde.

MGB : Quelle est la genèse de la création de Yoola ?

Quand je me rendais à des événements, je me demandais comment faire pour s’y rendre avec une personne handicapée. J’ai regardé ce qui était fait, et ça se limitait souvent à la construction d’un stade, très bien fait et innovant, mais sans aucune chaîne de services qui permet de s’y rendre et d’y revenir, que ce soit en termes de communication auprès du public handicapé, de la logistique, et des services pour s’y rendre dans de bonnes conditions.

Je me suis donc inspiré des packages hospitalité existants pour lancer Yoola, une agence pour créer du package destinés aux personnes handicapées.

MGB : Quel a été votre premier événement ?

En 2010, nous avons officialisé une première offre sur la Coupe du Monde de Football avec la FIFA. J’ai beaucoup, beaucoup insisté auprès d’eux pour y arriver ! Mais j’ai réussi. L’idée, c’était de proposer du choix aux personnes handicapées en leur garantissant le même accès que les autres. Cela nous a donné de la visibilité et a permis de changer les choses sur le marché du tourisme.

MGB : Avez-vous recruté à cette époque pour ce lancement ?

Non, nous étions deux à l’époque. Un business angel m’a aidé au départ, en me présentant une de ses collaboratrices qui a souhaité me donner un coup de main. Mais j’étais seul sur le terrain, pour gérer les ventes, la prospection, l’offre….

MGB : Au commencement, Yoola s’est donc lancé sur l’événementiel sportif…

Oui, et cette étiquette-là est restée. Cela fait partie de notre ADN désormais. Mais après la Coupe du Monde, j’ai commencé à travailler sur la partie tourisme, et à la fin de l’année 2011, j’avais levé un peu moins de 200 000 euros pour recruter et former une équipe.

Par la suite, on a travaillé sur une coupe du monde handisport à Paris, et nous avons géré des touristes étrangers. Des cars remplis de personnes en fauteuils qui visitent Paris, ça n’existait pas !

MGB : Vous avez également travaillé sur les JO de Londres, qui ont permis d’accélérer le développement de Yoola.

Tout à fait, et au même moment, j’ai également été récompensé par Talent National au concours Talents des Cité, ce qui m’a permis d’avoir une grosse visibilité sur les chaînes de télévision nationales et dans la presse écrite.

Pour les JO de Londres, nous avions encore plus d’ambition que sur la Coupe du Monde 2011. Nous avons eu 550 voyageurs : ce changement d’échelle nous a permis de montrer que l’on pouvait gérer des gros volumes. On ne dormait jamais, mais c’était une expérience unique, notamment sur la connaissance des événements.

MGB : En France, nous sommes en retard sur la question de l’accessibilité par rapport à d’autres pays : y a-t-il des concurrents qui proposent le même type d’offres à l’étranger ?

La billetterie est différente dans les autres pays : pour les personnes handicapées, elle est quasi intégrée à chaque fois. Et les organisateurs le font, parce que l’offre de service autour existe : les personnes handicapées ont droit à un véritable accueil, une vraie visibilité… Mais je ne suis pas dans un modèle pour me battre avec des concurrents. On est sur un secteur où il y a tellement de besoins, que c’est bien qu’il existe d’autres acteurs.

MGB : Selon vous, l’accessibilité est un problème de culture ?

C’est un faux problème franco-français. Pour l’anecdote, quand j’ai démarré les gens m’ont dit : « c’est faire de l’argent sur le dos des personnes handicapés. » et j’ai répondu : « et le boulanger n’a pas le droit de vendre son pain à une personne handicapée ? »

Tant que les personnes handicapées ne seront pas vues comme des clients, elles ne pourront pas avoir accès aux services. Le travail que l’on fait contribue à changer les mentalités : cela a un impact fort sur ces personnes, et également un impact économique important. On constate que c’est un public qui a de l’épargne, et cet argent ne revient pas dans l’économie.

MGB : Après le lancement de Yoola en 2010, comment êtes-vous venu à la billetterie ?

La billetterie est une idée que j’ai eu depuis le début. Aujourd’hui, le marché est prêt à accueillir un acteur comme nous, car nous sommes aussi capables de proposer des services complémentaires. On va pouvoir gérer le transport, l’encadrement, notamment sur des gros concerts, où nous proposons une offre billetterie, hôtellerie et transports.

MGB : Quand on parle accessibilité, comment avez-vous pensé le site internet pour qu’il soit adapté aux personnes en situation de handicap ?

Aujourd’hui, les sites modernes sont plus faciles à adapter pour les logiciels des personnes malvoyantes qui permettent de lire le contenu des sites. Mais il faut faire attention aux polices, aux contrastes mais également à l’organisation du site et la rédaction pour faciliter la compréhension et la navigation. Mais c’est un travail qui a été fait depuis le début.

MGB : Comment travaillez-vous avec les organisateurs d’événements ?

Nous avons la gestion totale du contingent pour les événements. Le spectateur va ensuite choisir sa place en fonction de son handicap (moteur, sensoriel, mental, etc.), mais également ses accompagnateurs. Notre volonté, c’est de pousser les organisateurs à proposer des offres qui permettent d’inclure les personnes handicapées et d’assister à des événements avec plus qu’un accompagnateur, en incluant des offres familles ou amis.

Par ailleurs, dans notre recherche de partenaires, nous ne sommes pas seulement sur la signature d’un mandat et la gestion de billetterie : on ne travaille qu’avec des partenaires qui sont motivés et qui nous laisse avoir un regard sur le service proposé. Selon ses besoins, on peut aller jusqu’à de la formation, de l’accompagnement, du conseil. Notre volonté, ce n’est pas de proposer que de la billetterie, mais de proposer un événement handi-friendly.

MGB : Avec combien de partenaires travaillez-vous aujourd’hui ?

Yoolabox est bien implanté sur le rugby (Stade Français, Racing 92, Montpellier, la FFR…), sur le football (Montpellier, Paris FC 2) et le basket. Dans le secteur culturel, nous travaillons avec des théâtres, beaucoup sur Paris, un peu à Lyon. On travaille également avec des festivals, dont les Solidays qui nous ont permis de tester beaucoup de choses à notre lancement et les Nuits Sonores depuis 2013. Enfin, nous sommes en partenariat avec Paris La Défense Arena, et en discussion avec une grosse salle parisienne…

MGB : Pouvez-vous nous en dire plus sur la gestion de la billetterie ?

Nous sommes en mandat transparent avec nos partenaires, mais nous n’avons pas d’API connectée. En effet, le plus simple reste aux salles d’éditer les billets et de les envoyer, car la plupart du temps, ces billets pour les personnes handicapées, ne sont pas même pas intégrés aux logiciels.

Nous avons également mis en place une phase de contrôle, car ce sont souvent des tarifs spécifiques. Par ailleurs, nous voulons adapter la réponse et la place au besoin du client : nous offrons du sur-mesure.

MGB : Quelles sont les freins du marché et les points positifs qui existent en France, pour l’accès des personnes handicapées aux manifestations ?

Nous sommes arrivés au bon moment : la loi de 2005 a eu un impact sur les ERP et les organisateurs sont motivés. Le frein est désormais du côté spectateurs : à force qu’on leur dise que ces lieux ne sont pas accessibles, ils en sont persuadés. Et on se rend compte, notamment dans la culture, qu’il y a moins de fréquentation, car le public handicapé ne pense pas que des théâtres parisiens soient en mesure de les accueillir.

MGB : Comment communiquez-vous auprès de votre public ?

Nous avons organisé des journées portes ouvertes pour leur faire découvrir les lieux, nous communiquons également sur la loi de 2005. Nous avons déjà une base existante pour toucher le public handicapé mais notre cible est difficile à toucher. Une partie du public handicapé vit en structure, ne lit pas la presse et n’a accès qu’aux réseaux sociaux. Nous communiquons donc beaucoup sur le sport, car c’est là qu’il y a le plus de spectateurs handicapés, et nous essayons ensuite de les convertir en ambassadeurs, sur le secteur culturel.

MGB : Envisagez-vous un développement à l’international pour la suite ?

Nous avons déjà une offre sur le marché étranger pour accueillir des touristes handicapés du monde entier sur Paris. Elle est centrée sur la Belgique, la Suisse, mais nous avons également des touristes qui viennent d’Australie, des Etats-Unis, du Canada, du Royaume-Uni….

MGB : Vous allez fêter vos 10 ans en 2019, que peut-on vous souhaitez ?

Je suis très satisfait du chemin accompli. On fait plus d’un million d’euros de chiffre d’affaire par an, avec 7 personnes dans l’équipe à temps plein. Pour le reste, on a un gros projet en cours pour Tokyo 2020. On a d’autres développements en cours, mais je ne peux rien vous révéler…

La rédaction

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